Suite au questionnement de certains élus et en réaction à l’article paru dans Le Progrès le 03/03/15, voici notre réponse :

Nous sommes un groupement d’habitants, de citoyens, pour certains installés depuis plus de 20 ans dans le quartier. Nous sommes indignés par les logiques d’une société que nous considérons comme injuste. Nous nous inscrivons dans un mouvement global de reprise de la terre par ceux qui y vivent (à l’instar des ZAD, Incroyables comestibles, Zapatiste…).

Non nous ne sommes pas des “punks“ bien que nous n’ayons rien contre ce mouvement pacifiste qui a lui aussi sa légitimité. Nous ne sommes d’aucun parti, notre action est spontanée, elle correspond à une réponse d’urgence face au monde actuel. Nous sommes plus proches d’une écologie libertaire à la « Charlie » que celle de partis politiques décrédibilisés par des jeux de calculs électoraux et compromis dans des intérêts économiques mortifères.

Nous sommes des citoyens responsables. Notre action est pacifiste, nous n’avons commis aucune dégradation, nous avons simplement occupé, dans notre quartier, un terrain en friche depuis plus de 20 ans pour y planter des légumes. Bien que n’ayant demandé aucune autorisation, notre action était annoncée sur les réseaux sociaux depuis un mois, elle a fait l’objet d’une publication dans la presse. Bien plus qu’un simple jardin partagé, nous ambitionnons de faire de ce terrain un lieu d’expérimentation sociale, économique et artistique.

lesgraines

Notre appel au jardinage a rassemblé entre 300 et 400 personnes ce samedi 28 février 2015. Il ne s’agit donc pas d’un acte isolé de quelques “punks“ mais d’un nouvel élan issu d’une véritable nécessité exprimée par les habitants du quartier. Votre proposition d’« investir un lieu déjà prévu même petit mais très agréable situé à l’angle rue pierre dupont / gymnase genety : un grand bac de 3 à 5 m de long de disponible avec un point d’eau » nous fait l’effet d’une invitation adressée à des enfants leur demandant d’aller jouer dans un bac à sable.

Nous n’avons commis aucune effraction, ce terrain a toujours été fréquenté par les habitants du quartier et les curieux de passage. Nous sommes profondément non-violents. Nous avons réussi à désamorcer l’agressivité de policiers venus nombreux, mandatés pour faire évacuer de vilains “punks“. L’un de nous a interpellé un policier en uniforme tentant de sauter le grillage muni d’une bombe lacrymogène afin de l’inviter à passer par la porte!!! Face à des familles venues paisiblement participer à une action de jardinage, cette intervention nous a paru absolument démesurée et totalement grotesque.

Les lois sont historiquement mouvantes, elles ont toujours évolué en fonction des aspirations des citoyens. Pour faire changer celles-ci, il est parfois nécessaire de les bousculer ou d’y désobéir, comme l’explique Henri David Thoreau dans son livre « La désobéissance civile » (« Resistance to Civil Government »), mais aussi le résistant Stéphane Hessel à travers son manifeste « Indignez vous! » ; c’est l’histoire de tous les mouvements sociaux.

Et de fait, nous sommes sur une terre d’histoire, celle des canuts. Une histoire que nous réactivons maintenant. Notre jardinage est un acte moral face à une société immorale et à l’agonie qui a besoin de policiers pour maintenir ses injustices. Nous avons démontré ce 28 février 2015 que nous pouvons nous gouverner nous-mêmes. Notre manifeste s’inspire des Guérilla-garden dont un des adages est « Grow vegetables not government ». Nous utilisons le terme « guérilla » comme un trait d’humour afin de désarçonner les réactions policières à l’encontre de « criminels » qui plantent des fleurs et des légumes.

Nous sommes d’accord sur le fait que la propriété donne à l’humain un minimum d’intimité et de stabilité et que c’est essentiel pour chacun d’avoir un lieu où mener son activité, ses projets et s’épanouir. Nous ne nous intéressons pas aux terrains où le propriétaire a une « propriété d’usage » de son bien, qu’il le fait vivre et qu’il s’en sert. Mais si un terrain est dormant, s’il est délaissé alors que des centaines de personnes sont sur liste d’attente pour avoir accès à un jardin partagé, s’il ne sert qu’à satisfaire les logiques de spéculation ou de réserve foncière à de lointains projets encore mal définis, alors nous nous permettons d’aller y jardiner ! Cette situation est trop scandaleuse pour que l’on ait des scrupules à en contrarier les logiques !

En ce qui concerne l’association La Ruche et les occupants du 33bis rue du bon pasteur, ce sont des voisins avec lesquels nous tissons depuis bientôt un an des liens d’amitié. Pour autant, notre action est une initiative d’habitants totalement indépendante de cette association. Ceci dit, puisque vous nous en parlez, nous regrettons que depuis ses débuts, ce projet ouvert sur le quartier soit étouffé par des lois sécuritaires dont les fins nous échappent. Et nous soutenons la création d’un projet associatif et culturel de quartier dans cette si accueillante maison qui pourrait entrer en relation amoureuse et complémentaire avec notre opération de jardinage « Artiviste ».

Nous restons à votre disposition pour toute information complémentaire, nous sommes prêts à vous rencontrer et nous vous invitons à venir visiter notre petit coin de paradis retrouvé.

Amicalement

Les Pendarts jardiniers pirates Artivistes et Extravangants

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