Hybris – Cité des Arts

Projet de Fabrique Artistique

Les projets développés dans les friches « bâtiments recyclés » ne questionnent pas uniquement le domaine culturel, mais s’inscrivent de fait dans une problématique urbaine, sociale, économique. Ils participent à une reformulation d’un projet politique à une période de restructuration urbaine et sociale, marquée par le passage vers une société de service aujourd’hui dominée par la production de biens immatériels. Les friches réinvesties à des fins culturelles traduisent ainsi un passage, une transition, et pourraient même en être la métaphore : la transformation des anciens symboles, «Ex-Ecole des Beaux-Arts » en une fabrique d’imaginaire…

Marie Van Hamme (Préface de la publication “Arts en Friches. lieux désaffectées, fabriques d’imaginaires” Marie Vanhamme. Patrice Loubon.

Les Editions Alternatives. Paris. Novembre 2001)

collectif : Hybris-Cité

Contact : hybris@riseup.net

« Plusieurs habitants et artistes présentent un contre-projet centré sur la création d’une coopérative culturelle. « On imagine un lieu alternatif, dans l’esprit de la Friche La Belle de mai à Marseille. Il pourrait y avoir des artistes en résidence, d’autres invités, des salles modulables, une cantine populaire », souligne un membre d’Hybris, collectif d’artistes pluridisciplinaires.

« Aujourd’hui, cela permettrait de répondre à deux urgences : la crise que traverse le monde de la culture à cause de l’épidémie et la gentrification du quartier qui a vu disparaître beaucoup d’ateliers d’artistes ces dernières années. »

Avant les dernières élections municipales, la Fabrique de la Ville, un collectif d’habitants du 1er, a lancé une concertation pour faire émerger des alternatives. Orchestrés par deux étudiantes de l’École nationale supérieure d’architecture de Lyon, les ateliers ont clairement exprimé le souhait d’un « espace de rencontres et d’échanges » ouvert sur le quartier : jardin partagé sur le toit, amphithéâtre citoyen, atelier de réparation partagé, salle de sport, logements d’urgence, espace d’exposition ou encore cantine solidaire. »

TRIBUNE DE LYON Romain Desgrand 14 novembre 20201

1https://tribunedelyon.fr/2020/11/10/dossier-lamphitheatre-des-trois-gaules-tresor-oublie-de-lhistoire-lyonnaise/

Réponse à l’article du 15 septembre 2020 par Raphaël Ruffier,« Université de la Mutation » : Grégory Doucet prêt à relever le défi , paru dans l’Arrière-Cour1

Il semble qu’il y a eu un raté, un « bug de communication », volontaire ou non du service de rédaction de l’Arrière-cour à moins que cela ne vienne du service communication de la Ville de Lyon ce qui laisserait imaginer que nous sommes repartis à nouveau pour sept années de mauvaises bouffonneries politiques. Nous écartons pour l’instant cette mauvaise idée. Nous avons eu les honneurs d’un appel téléphonique, très officieux, pour tenter de nous rassurer, parlant d’une erreur d’interprétation, d’une erreur de communication, nous avons demandé un démenti officiel. Ne voyant rien paraître nous avons décidé de prendre les choses en main afin d’anticiper tout nouveau dérapage.

Nous sommes un collectif d’artistes pluridisciplinaires, le collectif Hybris, associé depuis plusieurs années à plusieurs collectifs d’habitants (La Fabrique de la ville, Conseil de quartiers, haut et cœur des pentes, Ouest des pentes, Droit de cité, le jardin des Pendarts/la commune libre, le programme de recherche-action périphérie pirates) autour du devenir de l’ancienne école des Beaux Arts. Nous menons conjointement depuis maintenant huit ans des échanges, des rencontres, des concertations concernant le devenir de ce site.

En 2015, nous avions réalisé une conférence de presse pour sortir de l’ombre et tenter, avec un certain succès, de couper l’herbe sous les pieds à un projet fictif de vente de l’Ex-ENBA. Nous n’étions pas anxieux en découvrant l’article annonçant la vente du bâtiment au Crédit Agricole nous savions qu’il s’agissait d’un FAKE. Une technique de ”manageur lobbyiste” réalisée probablement avec la duplicité de la ville de Lyon. En 2016, par mesure de précaution, les habitants du quartier déposent une pétition regroupant plus de 5000 signature pour rappeler que nous avons plébiscité l’idée de la création d’un lieu coopératif à vocation culturelle, social et écologique dans les bâtiments de l’ancienne école des beaux arts, celle-ci est toujours en ligne2.

Nous ne sommes pas plus inquiets aujourd’hui à la lecture de l’article de l’Arrière-Cour, annonçant le parachutage d’une « Université de la Mutation » « Un projet ambitieux, qui mêle des universitaires qui veulent réinventer l’université, des entrepreneurs qui veulent lever 1 milliard pour sauver la planète (avec le soutien de Jean Jouzel et Jean-Michel Aulas…), des artistes… Le tout dans les bâtiments de l’ancienne école des beaux-arts ça devrait faire parler dans les prochaines semaines ! »3. L’article nous à gentiment fait sourire, nous avons décidé d’en faire parler, mais peut-être pas dans le sens ou l’entendait Raphaël Ruffier. Nous nous excusons pas avance de cette réponse publique un peu chevaleresque et peut-être un peu trop euphorique.

Soyons clairs, Le projet d’une « Maison de la mutation écologique » nous semble, très intéressant et nous sommes heureux d’apprendre que M.Grégory Doucet souhaite en faire un « marqueur » de son mandat. Nous imaginons pour l’instant que Monsieur Doucet n’a pas encore pris connaissance de tous les dossiers concernant son nouveau mandat, que cet article mal goupillé, est une initiative de lobbying émanant directement du service de rédaction de l’arrière-cour poussé par des porteurs de projets un peu aventureux. Nous comprenons que le site de l’ancienne École des Beaux-Arts attise aujourd’hui toutes les convoitises, mais nous sommes au regret d’annoncer par la présente, que ce projet « d’universitaire de la mutation » ne nous semble pas avoir sa place dans les bâtiments de l’Ex-ENBA.

Loin de nous, l’idée de vouloir mettre un frein à ce projet ambitieux. Il y a d’autres bâtiments vacants dans l’arrondissement et ailleurs sur le territoire de la ville sur lesquelles la ville et la Métropole de Lyon ont tous les pouvoirs pour agir. Plus simplement ce projet pourrait peut-être s’intégrer au sein de l’université de Lyon, ses nombreux bâtiments, et permettre ainsi d’augmenter plutôt que de diviser, les moyens déjà engagées à Lyon autour de ce thème. A moins que cette université ne trouve sa place dans le parc naturel du complexe de sports et de loisirs des lumières de l’Olympique Lyonnais à Décines-Charpieu. Dans tous les cas, nous n’avons aucune inquiétude sur la pérennité de ce projet original d’université écologique d’avant-garde.

Le projet d’une coopérative culturelle sur l’école des Beaux Arts résulte de rencontres et de concertations menées également avec la mairie du 1er arrondissement à partir de 2012, c’est ainsi qu’il est déjà apparu dans le plan de mandat 2014-2020 de la mairie du 1er arrondissement. Nous avons poursuivi ce travail de concertation pendant toute la durée du mandat « concerter une partie du secteur culturel et de la création autour d’un projet de coopérative culturelle : définir une gouvernance de gestion de l’équipement » « définir les exigences de programmation architecturale associée à chaque pratique »

Lors du mandat précédent, il est apparu au fil de nos rencontres avec les élus à la mairie du 1er arrondissement ( Nathalie Perrin Gilbert, Corinne Soulanet, Jean-Pierre Bouchard) que ce projet de coopérative culturelle n’aboutirait pas tant que Monsieur Collomb et son équipe de startupper seraient en place. Nous avons laissé nos travaux en sommeil, mais nous n’avons pas abandonné notre projet qui devait être porté par la maire sortante de l’arrondissement, Nathalie Perrin-Gilbert, aujourd’hui adjointe à la culture.

Nous sommes conscients que les petits jeux et les grands enjeux électoraux peuvent amener à des compromis et des accointances parfois surprenantes, toutefois nous habitants, artistes, porteurs de projets sincères, concertés et réfléchis ne saurions en aucune manière être tributaires de ces échanges de politesses, de circonstances, qui ne nous concernent pas et dont nous ne connaissons ni les tenants ni les aboutissants.

En 2019, reprenant la suite des échanges, des membres du conseil de quartier, Haut et Cœur des Pentes et la Fabrique de la Ville lancent une étape de réflexion développée avec les habitants autour de l’avenir de l’ancienne école des Beaux-Arts. Quatre ateliers participatifs organisés en partenariat avec des étudiants en architecture aboutissent à la La soutenance du projet de fin d’étude de Sydlia Cossard (Sydney Collin et Julia Dissard), pour proposer d’autres visions des pentes de la Croix-Rousse pour demain. Un projet à débattre, peut-être pour plus tard.

Il s’agit pour nous à travers ces initiatives citoyennes de prendre notre destin en main, de préserver le patrimoine vivant culturel et historique des pentes de la Croix Rousse. De répondre à une urgence artistique, économique, sociale et écologique. De palier à la disparition ces trente dernières années de nombreux lieux culturels emblématiques des pentes de la Croix-Rousse (théâtres, bar associatifs, ateliers d’artistes,..). Aujourd’hui, ce n’est pas quatre ou cinq ateliers d’artistes concédés par de généreux mécènes qui pourront bouleverser le paysage local.

Pour mémoire il y a 30 ans le quartier était un véritable vivier multi-culturel, composé de bars associatifs de lieux alternatifs, de squats artistiques, une sorte de fourmilière créative et festive aux portes ouvertes de jour comme de nuit. Depuis de début des année 70, la politique de la ville s’est réduite à un mot d’ordre : Lyon, ville propre. Résultats : toutes relations humaines disparaissent, la vie de quartier meurt. Le phénomène de gentrification se poursuit toujours aujourd’hui, de manière de plus en plus violente, imposé en marche forcée, par des prometteurs sans scrupule avec la duplicité d’élus inconscients et sans aucune éthique.

La Croix-Rousse n’est pas et ne saurait devenir une cité dortoir. Nous souhaitons aujourd’hui retrouver et préserver la vie artistique vivante et vibrante des pentes, un lieu de création permanent car l’art, « c’est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art ». Demander la totalité des 6000m2 de L’Ex-ENBA, lieu dédié à l’art dès sa construction, ne nous semble pas quelque chose de délirant. Nous artistes, habitants du quartier, revendiquons la légitimité d’une proposition sur le bâtiment de l’Ex-ENSBA, comme lieu d’expérimentation de l’autonomie à travers une écologie social radical et ses communs.

A court terme, nous souhaitons investir et occuper le bâtiment en l’état, avec des artistes en résidences, une cantine à prix libre, des salles mises à dispositions pour les habitants, pour des échanges des entraides, des trocs de connaissance, des activités éducatives ou de loisir sportifs et culturelles en dehors du secteur marchand. Nous nous inscrivons dans le mouvement des Nouveaux Territoires de l’Art qui a donné lieu à la création, par exemple, de lieux comme la friche de la Belle de Mai à Marseille. « Fondées sur la relation entre le public et les œuvres, les politiques culturelles n’ont que très rarement su, pu et voulu soutenir des projets qui proposaient d’autres formes d’actions que celles des schémas institutionnels. L’État et les collectivités locales se sont ainsi trouvés dépassés par des initiatives qui ont imprégné, en moins de dix ans, leurs marques dans le paysage culturel contemporain »

C’est pourquoi, nous sommes aujourd’hui résolus à défendre cette expérience d’un espace périphérique, comme alternative citoyenne à la biopolitique métropolitaine. Cette lettre ouverte n’est pas encore une déclaration de guerre, elle est un simple rappel à la la cohérence. Nous proposons dès aujourd’hui à Monsieur Gregory Doucet et à son adjointe à la culture Nathalie Perrin-Gilbert une rencontre amicale. Il s’agit d’une reprise d’agir par les habitants sur leurs environnements de vie.

Afin de soulager le complexe international de la ville de Lyon, nous avons pris contact cet été avec les représentants autoproclamés de la république utopique d’Užupis4 à Vilnius en Lituanie, et son centre d’art l’«l’Užupis Art Incubator ». L’idée étant de réaliser un jumelage entre la république Užupis et la commune libre de la Croix-Rousse afin d’ouvrir une ambassade d’Užupis dans les bâtiments de l’ancienne école des Beaux-Arts. La république d’Užupis nous a confirmé son intérêt : « we are interested in your artistic projects and would glad to have you as a resident in Užupis ». Nous sommes en contact, nous avons convenu de nous rencontrer, d’organiser des cycles de visites et de résidences avec l’«Užupis Art Incubator » dès que nous serons sortis de la crise sanitaire. Si la république D’Užupis envoie ses délégués, la ville de lyon pourront s’enorgueillir de cette collaboration et de ces échanges internationaux !

Toute cette histoire semble un peu loufoque, nous n’en restons pas moins très sérieux. Cette longue lettre s’adresse, avant tout à nos amis, à tous les communards, à tous les poètes de l’action, trop sauvages pour le Panthéon5. Il s’agit d’un appel publique au réveil de la communauté artistique et rebelle des pentes et des archipels alentours. Un appel au retour à la folle histoire du quartier et de ses luttes, un appel à son esprit dissident et insurrectionnel contre toute nouvelles opérations de polissage ( » poliçage « ). « un appel non au retour massif de la discipline, mais de l’attention. Non à la fin de toute insouciance, mais de toute négligence. »6 Un appel à imaginer ensemble les geste barrières7 pour que le monde d’après ne soit plus jamais comme avant.

Salutations Croix-Roussiennes !

Le Collectif Hybris

Les Jardiniers Pirates Artivistes et Extravagants

Collectif la Commune Libre

1 « Université de la Mutation » : Grégory Doucet prêt à relever le défi https://www.larrierecour.fr/2020/09/15/universite-de-la-mutation-gregory-doucet-pret-a-relever-le-defi/

2 https://www.change.org/p/claire-revol-lyon-ancienne-ecole-des-beaux-arts-non-un-autre-projet-pour-les-pentes

3 https://www.facebook.com/ruffier.raphael/posts/10158630818579861

4 Vilnius : la rive d’Uzupis rêve d’utopie : https://www.liberation.fr/une-journee-a/2017/09/01/vilnius-la-rive-d-uzupis-reve-d-utopie_1593606

5 Rimbaud et Verlaine, trop sauvages pour le Panthéon https://www.liberation.fr/debats/2020/09/16/rimbaud-et-verlaine-trop-sauvages-pour-le-pantheon_1799684

6 https://lundi.am/Monologue-du-virus

7 https://www.villamedici.it/fr/news-fr/bruno-latour-imaginer-les-gestes-barrieres-contre-le-retour-a-la-production-davant-crise/

Le Progres Lyon 18 mai 2016
https://www.change.org/p/claire-revol-lyon-ancienne-ecole-des-beaux-arts-non-un-autre-projet-pour-les-pentes

CONSTITUTION DU COLLECTIF Hybris-CITé

Se retrouver dans la capacité à bâtir Et agir : l’expérience commune – se retrouver dans une même réalité et légitimité

Se retrouver dans la capacité à bâtir : l’expérience commune – se retrouver dans une même réalité et légitimité

Dans un contexte de pénuries et d’asphyxie, où les budgets alloués à la culture sont drastiquement revus à la baisse, nous, acteurs de la vie culturelle, inventons de nouvelles formes pour résister et exister. Nous estimons urgent de mutualiser nos énergies, nos compétences, nos espaces, et revendiquons la nécessité d’un lieu mutualisé à l’usage des artistes locaux.

Nous nous sommes regroupés, par affinités et à travers un réseau de quartier, pour former un collectif pluridisciplinaire d’artistes et d’habitants, nommé Hybris. Unis pour s’investir dans un lieu de création vivant et accessible, nous souhaitons mettre en oeuvre un projet collectif viable sur les pentes de la Croix-Rousse. Nous nous inscrivons dans le mouvement identifié, en 2001, comme celui des Nouveaux Territoires de l’Art (Friche de la Belle de Mai à Marseille, Les Ateliers du Vent à Rennes, la Ferblanterie à Lille…) qui investissent des lieux en reconversion, conçoivent un rapport alternatif au temps, à l’espace et aux modes relationnels avec le public.

La Croix-Rousse doit son attractivité et son rayonnement en grande partie grâce au nombre de ses habitants-artistes. Ce quartier aujourd’hui en transition offre la possibilité de reconvertir plusieurs bâtiments vacants afin de maintenir en vie ce véritable laboratoire d’innovations économique, sociale et culturelle. En l’absence de projet politique défini, nous, artistes, citoyens, représentants des conseils de quartier, revendiquons la légitimité d’une proposition sur le bâtiment de l’ancienne Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts (ENBA).

Ce bâtiment a été vidé en mars 2008. Seul perdure le Service Archéologie de la ville, et le stockage des costumes de l’Opéra de Lyon. Les Mairie centrale et Mairie d’arrondissement réfléchissent à l’avenir de ce bâtiment. La Ville de Lyon et la mairie du 1er arrondissement restent cependant attentives à la proposition d’un projet de coopération culturelle sur ce lieu.

L’Hybris devient un lieu de métissage culturel et générationnel, espace social, relié à la vie de quartier et ouvert sur la ville. Les artistes, au cœur du projet, cherchent à établir des formes singulières, fondées sur la proposition et l’échange, et une hybridation inédite entre les experts artistiques et les experts du quotidien, entre artistes-habitants et habitants-artistes.

Le projet s’articule autour du renouvellement des formes artistiques, de la diffusion d’une culture vivante tant populaire qu’expérimentale, d’une liberté face aux contraintes temporelles et spatiales et d’une mutualisation complète des espaces et de leurs usages.

Perspective de la rue des tables claudiennes et du viaduc
Perspective de la rue Neyret