HISTOIRE DES PENTES REBELLES

HISTOIRE DES PENTES REBELLES: #1 Quand la Croix-Rousse était rebelle

« Plus que dans tout autre quartier de Lyon, habiter à la Croix-Rousse, c’est respirer un petit air de liberté, nourri d’un imaginaire rebelle et canaille qui fait fantasmer les nouveaux venus. À l’heure du triomphe des bobos du Plateau, qui se souvient encore de ce passé libertaire et idéaliste? Entre expériences collectives des années 1970, bandes de blousons noirs et déferlante des squats, voyage sur les traces de la Croix-Rousse rebelle.« 

Partant de l’expérience du jardin, nous sommes convaincus que c’est en nous inspirant de l’histoire des pentes, que nous pourrons arriver à trouver ensemble des solutions pour retarder la fin du monde1.

L’idée, de cette plongée dans l’histoire a germé comme une réponse à certains commentaires apparus suite à notre partage sur les réseaux sociaux d’un appel international à la grève des loyers. Appel relayé par plusieurs organisme dont le D.A.L. (Droit au logement)2 en France qui appellent à une grève solidaire des loyers. Cet appel à fait l’objet d’un article dans le quotidien de l’écologie Reporterre3.

Au regard de ces commentaires, nous nous sommes aperçus que certaines personnes semblaient ne pas connaître l’histoire des pentes ou feignaient de l’ignorer toutes préoccupées qu’elles sont à vouloir nous plonger le nez à nouveau dans un monde d’après comme avant en pire !

Il faut reconnaître qu’il existe quelques acrobates, à la verve plutôt longue, doués pour les sophismes, prêts à toutes les contorsions tellement ils ont peur que leur petit monde s’écroule à jamais. On les comprend ces bons élèves, soucieux du respect des lois. Ils sont convaincus que l’homme blanc occidental, colonisateur barbare, a inventé dans la démocratie, concept issu de la Grèce esclavagiste, la forme suprême de l’organisation humaine. Ils pensent que les lois actuelles de l’éducation et de la propriété privée, promulguées par une petite révolution bourgeoise, imposées par la violence du colonialisme occidentale, au reste du monde sont immuables et éternelles. Pour continuer leur petit rêve utopique, (Un Français moyen consomme l’équivalent de trois planètes) ils voudraient nous vendre du développement durable, un de ces concept à la con, en forme de greenwashing, pour tenter de repeindre en vert la façade de l’économie capitaliste.

Il va falloir faire un peu plus qu’économiser des douches, recycler ses déchets, ou couper la lumière en partant pour soigner cette petite société malade, prête à toutes les flagorneries, pour conserver son petit mode de vie écocide.

Ce vieux monde monde misérable, des cathédrales incandescentes, n’en finit pas de brûler ses dernières gouttes d’essence, dans une économie frénétique et insensée. Tous les voyants sont dans le rouge, nous allons à la catastrophe (Social, économique, écologique et climatique…), l’effondrement très cher aux « callopsologues » n’est pas une projection dans un futur imaginaire, mais une analyse scientifique du présent. « Nous y sommes nous y re-voilà ! 4»

On aurait tant voulu y croire, pourtant, à cette promesse d’un monde nouveau. Un monde plus humain, plus juste, plus respectueux de l’environnement, moins financier, moins consumériste… plus désirable. On rêvait de circuits courts, de relocalisation, de consommation responsable. Demain, les Bullshit jobs5 (jobs de merde) allaient disparaître.

Soyons lucide, il n’y a pas de frein dans la machine-travail capitaliste. Les crises successives et permanentes, (économiques, sanitaires, sociales, écologiques) sont en réalité le mode de fonctionnement de l’économie planétarisée. Une chose est désormais claire pour tout le monde : il n’y aura pas de sortie de crise. Rien ne changera donc jamais dans ce monde là, les flots troubles et fatals du cours économique des choses continuent de charrier la merde organisée, vers on ne sait quel déversoir. Il n’y a plus qu’une seul chose à faire : tirer la chasse sur ce monde pour le voir disparaître à jamais. Jeter la voiture (l’avion aussi) quitte à prendre le risque de sauter en route ou en plein vol. « Le train-train quotidien va bientôt dérailler qui veux rester dedans n’a qu’a bien se tenir »6.

« Alors aujourd’hui c’est fini : on refuse ces injonctions, et on refuse ce monde. Ça ne marche plus, on n’y croit plus. Ce monde-là n’a pas d’avenir et ne nous fait pas rêver, loin de là. On n’en veut plus ! »

[…] On ne croit plus en la politique telle qu’elle existe, mais on croit profondément en notre propre action politique. Parce qu’aujourd’hui, on veut reprendre ce qui nous revient de droit et qu’on a, par facilité, laissé nous échapper : la vraie politique, la vie dans la cité. »7

Les effort colossaux d’un colonialisme répugnant, « Massacres, trafic d’êtres humains, industrialisé et rationalisé par le capitalisme naissant, soutenu par les Etats et les banques européennes, au point de devenir un facteur essentiel de la richesse et du développement de l’Occident » se révèle aujourd’hui enfin pour ce qu’il a toujours été, la pire des barbaries de l’histoire de l’humanité, n’auront pas réussi à exterminer les derniers indiens.

Pour notre plus grand plaisir, ce petit monde des biens assis craquelle de toutes parts. Pas un jours ne se passe sans qu’éclate une insurrection, ou une émeute quelque part, contre ce modèle de civilisation morbide et suicidaire. Les indiens, les communards, Les Zapatistes et autres Zadistes en herbe sont de retours. Ils ont le vent en poupe ! Allons les retrouver. Le temps est venu de déboulonner les statues ou de leur couper la tête.

Partant de ce constat sans appel, nous vous proposons d’aller réveiller les morts, dont la mémoire semble avoir été oubliée. Il ne s’agit pas d’avoir une pensée nostalgique sur un passé qui n’aurait plus cours, mais de s’inspirer de celui-ci pour continuer. Tenter de comprendre comment nous en sommes arrivés là et comment faire maintenant pour continuer.

« Puisque le mobilier urbain fait mémoire et que les récits collectifs sont de grande importance, où sont alors les statues d’esclaves, d’affranchi·e·s, de femmes et d’hommes partis marron ? Est-ce le hasard qui nous fait uniquement croiser le poitrail fier de quelques ancien·ne·s dirigeant·e·s de l’empire colonial ? Où sont les statues des anarchistes, des grévistes, des féministes, des pacifistes ? »8

Alors, allons-y gaiement pour la grande saga des rebelles de Lyon et des pentes de la Croix-Rousse de la révolte des Canuts, insurrection ouvrière tout à fait insolite pour l’époque qui inspirera les grands mouvements de pensée sociale du XIXe siècle (Proudhon, Claude-Henri de Rouvroy de Saint-Simon, Charles Fourier, Karl Marx) en passant par les squattes des années 70 et les micro-insurrections citoyennes pour arriver jusqu’à nous aujourd’hui.

« Recommencer n’est jamais recommencer quelque chose. Ni reprendre une affaire là où on l’avait laissée. Ce que l’on recommence est toujours autre chose. Est toujours inouï.
Parce que ce n’est pas le passé qui nous pousse, mais précisément ce qui en lui n’est pas
advenu »9

Promenons nous cul nu dans le passé rebelle des pentes pour construire un présent qui chante encore. On espère que notre petit égarement dans les méandres historiques de la Croix Rousse contestataire trouvera plus d’engouement que l’histoire de votre chat sur un coin de canapé.

Nous n’avons pas la prétention d’être exhaustif tant l’histoire est dense. Nous ne savons pas encore combien de publications nous allons faire, nous allons improviser. Si certains d’entre vous ont des documents à partager, des apports constructifs à faire sur cette grande épopée, il peuvent nous en faire part. Vous pouvez nous envoyer vos informations via notre MP ou par mail à lespendarts@free.fr vous pouvez également poster vos contributions dans les commentaires, en suivant et en partageant nos publications. C’est donc à une sorte de grand jeux participatif que nous vous convions. pour inventer ensemble.

Pour ouvrir ce cycle, on a re-découvert récemment cette petite pépite publiée le 28 avril 2015 par la tribune de Lyon première expulsion des jardiniers pirates et point de départ du retour dans le passé local. Introduction parfaite, pour nous plonger dans le passé rebelle, des pentes avec quelques acteurs encore vivant et d’autre qui ne le sont plus. https://tribunedelyon.fr/2015/04/28/quand-la-croix-rousse-etait-rebelle/10

A bientôt pour la suite de notre saga avec le chapitre premier : la Croix-Rousse pendant la révolution.

Vous pouvez retrouver l’histoire des pentes rebelles sur notre site : https://lespendarts.wordpress.com/les-pentes-rebelles/

1Les idées d’Ailton Krenak pour retarder la fin du monde : https://lundi.am/Les-idees-d-Ailton-Krenak-pour-retarder-la-fin-du-monde

2 Soutenons la campagne : Pour un moratoire, nous suspendons notre loyer! https://www.droitaulogement.org/2020/04/soutenons-la-campagne-pour-un-moratoire-nous-suspendons-notre-loyer

3 Face à une précarité galopante, des organisations appellent à la grève des loyers : https://reporterre.net/Face-a-une-precarite-galopante-des-organisations-appellent-a-la-greve-des-loyers

4 Nous y voilà, Nous y sommes. https://www.youtube.com/watch?v=w3qbkV-SdxQ

5L’anthropologue David Graeber, théoricien du « bullshit job », est mort : https://www.franceculture.fr/economie/lanthropologue-david-graeber-theoricien-du-bullshit-job-est-mort

6 Le Zizi sous cloture inaugure la culture (Robert Dehoux) : https://www.editionslibre.org/produit/zizi-sous-cloture-inaugure-la-culture-robert-dehoux/

7La rage de vivre: https://www.liberation.fr/evenements-libe/2020/07/09/la-rage-de-vivre_1793222

8Incitation au déboulonnage https://lundi.am/Incitation-au-deboulonnage

9Comment faire ? a été publié en 2001 en France dans la revue Tiqqun II

10Quand la Croix-Rousse était rebelle (28 avril 2015) https://tribunedelyon.fr/2015/04/28/quand-la-croix-rousse-etait-rebelle/